22 mars 2021

Livre - Percées et Chimères de Charline Effah

Blog Afro - Littérature Afro : Percées et Chimères de Charline Effah

Je n'ai pas acheté de nouveau roman depuis le début de l'année 2021. Applaudissez !
J'ajoute à ma fierté le fait que ma pile de "Livres à lire" a comptabilisé un livre de moins : "Percées et Chimères" de l'autrice Gabonaise Charline Effah.


Percées et Chimères de Charline Effah - 4e de couverture.



"Que ceci soit bien clair pour les uns et les autres : bon ou mauvais côté des choses, je naime pas ma vie. Un point c'est tout. Et bien que moi et mes autres moi ayons tendance à chipoter au sujet de tout et de rien, je les dompterai pour qu'ils parviennent à cohabiter sans chichi. « Parce que j'ai décidé de devenir ».

Confrontée à la peur de rater sa vie, Mélina "essaie d'exister". C'est ce quelle tente d'expliquer à sa mère, Mema, qui décidément ne comprend pas grand-chose à cette jeune femme quelle juge plutôt bonne à rien parce quelle n'a pas encore trouvé d'homme riche à épouser.

Poussée par Diane, sa meilleure amie, Mélina va consulter Aladji Bakary, un vieux marabout qui lui prédit un avenir de rêve exactement ce quelle voulait entendre. Histoire de forcer un peu le destin à s'accomplir, la jeune femme s'envole pour Paris. Ce qu'elle va y trouver parmi ses frères et sœurs de galère ne correspondra pas tout à fait à ce qui était écrit. Peut-on échapper à son destin ?

D'une très belle plume pleine de couleurs, l'auteur nous attache à la quête dune héroïne, touchante, qui cherche simplement à s'aimer jusqu'au dénouement de son histoire, ironique et dramatique."


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Percées et Chimères de Charline Effah - Ma revue.



De mon temps à Libreville, il se disait que certains élèves consultaient des marabouts afin de réussir aux examens d'études secondaires, notamment pour le baccalauréat. Il faut dire que le baccalauréat est encore le graal qui ouvre de nombreuses portes. Certaines personnes, déjà engagée dans la vie active, venaient même repasser l'examen dans l'espoir de réussir, avoir une meilleure classification à la fonction publique et prétendre à un meilleur salaire.

Je ne vous raconte pas la psychose qui régnait alors dans les couloirs des centres d'examen.
J'ai entendu parler du stylo magique supposé écrire les bonnes réponses et qu'il ne fallait surtout pas prêter. Telle personne n'adressait plus la parole à son groupe d'amis pendant toute la semaine des épreuves du baccalauréat pour ne pas qu'on lui "vole son étoile". 

Mais une fois le baccalauréat obtenu et les études supérieures plus ou moins terminées, quelle espérance peut-on avoir sans piston dans un pays où la politique du ventre est reine, avec nombre de corrompus incompétents aux commandes ?

N'ayant pas trouvé une porte de sortie par les voies normales, le désespoir conduit tant de personnes à retourner chez leur marabout pour accéder au statut social de leurs rêves. 

Charline Effah commence ce roman en abordant ce thème au travers d'une Melina bien décidée à se sortir d'une situation personnelle et familiale compliquée.

En effet, en plus de ses propres doutes et remises en question, il est difficile d'ignorer les dynamiques toxiques de la famille dans laquelle Melina évolue, entre compétition malsaine et asphyxie du membre qui essaie de s'en sortir. Vous savez, il y a toujours un membre de la famille supposé tout régler, et dans la famille de Melina, il s'agit de l'oncle Samuel.
"Samuel jouait aussi bien le rôle de pourvoyeur dans les grandes occasions comme les mariages, les enterrements et les naissances que celui de père de substitution pour toute la progéniture que des inconnus avaient laissée à ses soeurs et cousines." (Pages 60 et 61)
Mema, jalouse de sa soeur, méprise sa fille incapable de lui permettre de rivaliser dans l'arène des réunions de famille. Melina en est bien consciente et fait bien comprendre à sa mère qu'elle ne sera pas sa vache à lait, ce qui n'arrange pas les relations des deux femmes.

La question mérite d'être posée : que faire lorsque le sang et l'argent sont les seules choses qui relient les membres d'une famille ?

Les péripéties de la vie finissent par conduire Melina à Paris, la ville des plus folles désillusions. C'est un thème également abordé dans la nouvelle "La Femme du Blanc" du roman "Demain je m'en vais, je meurs" de Muetse-Destinée Mboga.


Dans ce roman, Charline Effah aborde souvent le concept de liberté.
Finalement sommes-nous réellement libres quand la famille et la société nous dépouillent, dans un domaine ou un autre, de notre libre-arbitre ?
 
"A trop vouloir le meilleur pour nous, nos parents tissent nos vies sur une toile d'ambivalences qui peuvent perdre des enfants aux personnalités inconstantes. 
La prière de Mema est que je devienne une chrétienne pratiquante, consacrée à Dieu et mariée à un  homme influent et riche que je ne rencontrerai jamais dans une église. Puis elle exige que, une fois mariée, les petits-entants que je lui donnerai portent le patronyme familial et non celui de leur père, érigé en adversaire avant même d'avoir aperçu l'ombre de son existence. Ballottées entre ses différentes volontés, mes aspirations ont du mal à s'exprimer" (Page 145)
Beaucoup de sujets sont abordés dans ce roman mais je ne veux pas vous spoiler.

Ce qui est certain, c'est que le roman "Percées et Chimères" de Charline Effah se termine sur une question intéressante : est-il possible de changer son destin par la seule force de la parole ?

Si vous l'avez déjà lu, dites-moi ce que vous en avez pensé en commentaires.


Besos !

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