23 juin 2012

Le poireau, le mal de la société


Je mentirais en disant que je suis toujours ponctuelle, je suis un être humain, je suis faible. Mais quand je sais que je vais arriver en retard, je préviens la personne qui m'attend, je coure littéralement, j'arrive essoufflée et je me répands en excuses. Je n'aime pas me retrouver dans cette situation de stress et de profil bas forcé. Pour cette raison et beaucoup d'autres j'ai horreur d'arriver en retard. 
Je n'aime pas non plus attendre comme les 3/4 de la population mondiale me direz-vous, mais non, moi je n'aime vraiment vraiment pas poireauter lors d'un rendez-vous.

Poireauter: Verbe transitif signifiant faire le poireau. Faire le Poireau = attendre.
J'aime bien le poireau, le légume. Mais c'est une autre histoire.

Ce serait trop facile de résumer tout ceci juste en "attendre" parce qu'en réalité, un milliard de choses se passent pendant qu'on poireaute. 

Je devais rencontrer un de mes contemporains (je ne citerai pas de nom pour ne pas le mettre encore plus mal à l'aise*), un gars des internets, de passage à Paris. Il a perdu sa puce Française donc pas joignable mais je lui donne quand même mon numéro. On décide donc de se donner rendez-vous à 19h00 devant Afrik'N'Fusion dans le 20e

Je pars 1h30 en avance de chez moi parce que je connais les turpitudes de la RATP. J'arrive à 19h04 devant le restaurant avec la perspective du bon repas Africain qui m'attend. J'entre, je réserve la table pour 2 et je sors attendre le contemporain devant, il ne devrait pas tarder (il a eu un imprévu et compte arriver vers 19h15).

Mon téléphone (cette relique) est chargé donc je vais tweeter un peu en l'attendant. (Ah je ne vous ai pas dit, j'étais habillée simplement - pantalon, t-shirt col bénitier, chaussures d'été en toile, foulard sur mes braids et bien maquillée. La précision à son importance dans la suite de l'histoire.) Je tweete donc de choses et d'autres et je demande au contemporain sa position - aucune réponse. J'attends.

Au début, je m'attends à le voir arriver, donc je suis remplie de pêche en voyant chaque débarquement de passagers du bus. Personne. J'attends, la serveuse sort du restaurant et me regarde en souriant. J'attends. Une petite fille sachant à peine marcher passe avec sa maman me toise pendant 3 secondes et continue son chemin. 19h20. Ok il devrait bientôt arriver, je me remets du gloss. J'attends. J'observe les gens autour de moi, l'animation et la diversité de cet arrondissement m'a toujours ravie. Dans le 20e tu peux voir une Blanche aller acheter sa baguette avec un pagne en wax noué à la taille. Dans le 20e tu peux voir un Juif chapeau pointu et longue robe noire faire du vélo avec ses 2 enfants. Enfin dans le 20e, tu vois beaucoup de choses. Mon téléphone se décharge subitement, eh Dios! C'est un complot? Je n'ai pas de chargeur, évidemment. Au passage, qu'on m'explique: le téléphone te signale "batterie faible" en vibrant toutes les 10 mn pendant 1h? je veux dire, le vibreur ne dépense pas d'énergie? Bref. 19h45 Euh il fait quoi comme ça? J'attends. Il commence à faire un peu frisquet, j'aurais dû prendre une petite laine. Un homme passe et louche sur mon décolleté avec l'intention évidente d'y plonger la main. Je l'ignore superbement. Une femme passe en hurlant au téléphone: "vas te faire froutre Mohamed, tu m'entends? vas te faire froutre!" et je me demande si le verbre "Froutre" vient de rentrer dans le dico. L'homme de tout à l'heure repasse et commence à me regarder comme si j'étais un morceau de viande. J'attends. 

20h15 Wooh le contemporain est où ooh? Quelques questions me taraudent: Pourquoi je suis à l'heure?? Je note mentalement que je devrais peut-être arrêter de me mettre une telle pression pour arriver à l'heure. Je décide de prendre mon mal en patience et je sors ma dernière acquisition de Paul Coelho. Je crois bien que je suis amoureuse de cet écrivain. Je lis quelques pages, je pouffe de rire sur le passage où il se demande si le lait de vache ne sera bientôt plus vendu que par des dealers de drogue au regard de toutes ces inventions/théories du bio stérilisé (lait à base de plantes). Je ferme mon livre, je ne veux plus lire. Lire debout, ce n'est pas marrant. La serveuse sort et me regarde d'un air désolé et sourit. 20h30 je me demande si j'aurais le courage de rentrer, commander et manger seule mon maffé comme une pauvre fille sans amis et affronter le regard de pitié de la serveuse. Non. Je réunis la cellule de crise A à Z de Allianz qui tranche: ce serait bête d'avoir attendu tout ce temps pour partir maintenant. Je lui laisse jusqu'à 21h00 pour arriver et ensuite, je m'en vais. La vie continue dans le 20e. L'homme de tout à l'heure repasse (mais il habite là ou quoi?) et vient me demander: "c'est combien?"  HEIN?? il m'a prise pour une pute? Habillée comme je suis (cf description plus haut)?? Je le tchipe tellement fort avec mon regard assassin n°3 qu'il s'éloigne tout penaud. Bon en même temps, ça fait combien de temps que je suis debout à la même place avec un col bénitier et une bouche glossée? aah ce n'est pas une raison! Il est fou ou quoi?? Maintenant, en plus d'être agacée par le poireau que je suis en train de manger, je suis énervée par ce type. Le contemporain a intérêt à arriver sinon je m'en vais ooh! Et puis le temps passe et la colère retombe. C'est fou comme le temps semble long quand on attend et tellement rapide quand on est coincé par un incident de voyageurs dans le métro 13 bondé. C'est fou ça. 20h40, qui vois-je? Le contemporain!! J'écarquille les yeux d'un air surpris. Je l'ai tellement attendu que je ne m'attendais même plus à le voir! J'aurais pu lui dire: "Oh mais tu fais quoi là? quelle surprise!!". On va s'asseoir sur un banc et je rigole de nerfs pendant qu'il m'explique les péripéties de son voyage. Nous sommes ensuite allés manger, je n'ai même plus faim... 

Pendant tout le reste de la soirée, je n'ai pas manqué de lui lancer des piques sur son retard, il est allé passer ma commande au bar, il m'a servie quand je l'ai exigé, il est allé payer mon addition... vengeance. J'ai néanmoins passé une bonne soirée, j'ai bien ri, bien mangé. 

Résumer donc "poireauter" au simple fait d'attendre n'est pas juste parce que, dans la réalité, une foule de choses nous arrivent pendant qu'on poireaute. 

Cette soirée a encore été l'occasion pour moi de confirmer que je suis patiente. Je l'ai attendu sans le maudire intérieurement. Je suis fière de la maîtrise de soi dont j'ai fait preuve (eh eh je me lance des pétales de rose).

Vous auriez fait quoi à ma place?

* Salut Blingcool! Comment vas-tu?

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4 commentaires :

  1. Ekié! Vraiment, tout le long j'étais content de ne pas être mentionné et à la fin, je vois "* Salut Blingcool! Comment vas-tu?". Orh, je wanda ahaha. Et quid de mes explications alors ? Hum. Mieux je ne m'enfonce pas.

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    1. ahahah! tu croyais échapper han! LOL! Tu fourniras tes explications dans ton article. Elles ont été rejetées par le conseil des sages LOL

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  2. LoL! Tu as eu la patience! Après 30min d'attente, je serais partie... Tu as vraiment eu de la patience...
    Au passage, tu écris toujours aussi bien!
    A quand un recueil de nouvelles?
    N'attends pas trop pour ça ;)

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  3. Je serais partie...

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