26 oct. 2012

Célibat - Tu n'as pas trouvé ton mari Blanc?

Blog Afro - Mariage Mixte
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Quand je suis rentrée au Gabon cet été, j'ai souvent entendu: "Mais depuis que tu es en France là-bas, tu n'as pas trouvé ton mari Blanc ?"  (à croire que c'est la mission d'une vie... hum...) ou "Pardon, l'homme Noir, ce n'est pas la peine, il va te faire perdre ton temps cadeau (pour rien)! Cherche ton Blanc !"

Le plus souvent je ne disais rien, je levais juste un sourcil exaspéré. Mais une fois, la moutarde est montée et j'ai répondu : "Bon déjà que vous me dites que je suis trop exigeante (d'où mon célibat), vous venez encore m'ajouter des critères tirés de votre imaginaire collectif ? Les hommes sont les hommes ! Quand ils veulent te montrer le feu, ils te le montrent bien comme il faut et tu vas pleurer de la même façon qu'ils soient Noirs ou Blancs !"


Heureusement que mes parents ne me bassinent pas encore avec ce genre de phrases absurdes.

Je vais faire ma vie avec celui que j'aimerai et qui m'aimera en retour, Noir ou Blanc.


Même dans une chose aussi complexe que les relations amoureuses, il y a encore ce dénigrement de l'Homme Noir au profit de l'Homme Blanc. 

Le Noir parle très souvent de discrimination et de racisme anti-Noir mais il évolue lui-même parfois dans le schéma de pensée qu'il fustige, parce qu'il l'a intégré malgré lui au fil de l'Histoire. Je m'inclus aussi parce que finalement, on a tous des points morts sur ce sujet, des conceptions à désapprendre (je ne sais pas si le verbe existe).


Bon j'ai aussi entendu "Pardon ramène-moi tout sauf un Camerounais" mais ça c'est une autre affaire... 


Besos ! 

25 oct. 2012

Le ndem d'Ebène Duta.

"Prenez une cuillère à soupe de "ndem" (poisse), ajoutez une pincée de quiproquos, remuez puis mélangez dans un demi-litre de "nguémè" (dèche). Chauffez  et vous obtenez, la vie d'Ebène Duta." 

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Faites un tour sur sa page facebook pour suivre l'histoire d'Ebène Duta.
En tout cas, moi j'adore!

23 oct. 2012

Africanité - Langue - Identité culturelle.


Je vois depuis un certain déjà une vague d'afrocentricité déferler autour de moi: un amour renouvelé pour une "Egypte nègre", un retour aux sources passant par une affirmation de l'africanité et bien d'autres concepts que je n'ai pas assez étudié pour tenir une discussion à bâtons rompus. 

"Le premier instrument du génie d'un peuple, c'est sa langue" (Stendhal)

Sur un plan très pratique, avant d'aller toucher du doigt l'histoire de Nefertari et la Reine de Saba, il faudrait déjà connaître sa propre histoire/culture "proche". 

Le constat. 
Je suis Fang, l'une des ethnies du Gabon. Mes parents sont Fangs. Mais je ne parle pas Fang. Je dirais que le Français est ma langue maternelle et le Fang est la langue maternelle de mes parents. 
On sait tous qu'il est plus facile d'apprendre une langue quand on la pratique dès l'enfance ou quand on est obligé de la pratiquer pour se faire comprendre. 




Bien que mes parents soient Fangs et parlent Fang, ils ne sont pas originaires de la même région au Gabon et il y a quelques différences entre le Fang du Nord du Gabon et le Fang de l'Estuaire
Dans les premières années de ma vie, j'ai grandi en entendant le Fang du Nord et le Français (chez ma grand-mère maternelle). Je commençais même un peu à parler Fang mais c'est vrai que le Français était quand même bien ancré dans ma bouche. Quand on me parlait Fang, je répondais en Français et personne ne m'obligeait à répondre en Fang. 

Puis, je suis allée vivre chez les Fangs de l'Estuaire (chez mon père) et là, on va dire que j'étais plus baignée dans le Français que le Fang. Je rencontrais le Fang quand j'allais au village voir ma grand-mère paternelle, mes cousines, tantes, oncles qui parlaient couramment Fang. J'ai découvert d'autres mots différents de ceux que je connaissais pour désigner les mêmes choses. Il m'a fallu apprivoiser ces nouveaux sons. Quand j'essayais de parler Fang, c'était le Fang du Nord qui me venait naturellement à la bouche. Les moqueries qui accueillaient mes vagues baragouinages ont bien fini par me frustrer. Oui, entendre tout le temps "aaah ça c'est quel Fang que tu parles comme ça?! ahah pardon, parle en Français c'est mieux hein!" n'est pas une grande source de motivation. J'ai donc laissé tomber. Je parlais Français et tout le monde comprenait.

Mais voilà, aujourd'hui, je regrette de ne pas avoir persévéré. Au final, je peux chercher des coupables, je peux en trouver et je peux même m'auto-flageller mais la situation est bien celle-là: c'est à moi de faire la démarche. Je comprends quand on me parle Fang mais je ne peux pas répondre (ou je galère bien pour trouver les mots, les conjugaisons, les tournures de phrases). Dans ma lignée, la langue Fang s'éteindra avec moi si je ne fais rien. 

Mais que faire? 
Je vis en France et je ne peux pratiquer avec personne. Une langue se pratique. J'en viens même à perdre le peu de mots que je connaissais. 
Quand on me dit: "tu n'es pas une vraie Fang", que puis-je répondre? Je ne sais même pas parler Fang (ni l'histoire du Mvett mais ça c'est un autre dossier). 

Quelques choses me consolent un peu:
- je connais mon arbre généalogique jusqu'à la 7e génération,
- je connais le clan de ma mère et celui de mon père (et du coup le mien). 
- De mes rares séjours au village, j'ai appris le processus de confection des bâtons de manioc (du déterrage des tubercules à la mise en feuilles), la pêche à la nasse à la rivière, courir après un poulet, le tuer, le déplumer, le vider et le cuisiner, danser le Mengane...

Une chose que j'ai notée, c'est la supériorité que je lis dans les yeux de ces Fangs capables de parler couramment Fang et Français. Ils me regardent avec l'air de dire: "Qu'est-ce qui te définit si tu ne sais même pas parler ta véritable langue maternelle?"